JOURNAL D’ADRIEN DEUME
Fatigué par le travail intensif de la soirée d’hier, j’avais besoin d’un solide remontant mais j’allais devoir faire preuve de patience… L’affluence du bar du Serpent pouvait laisser croire qu’on avait souhaité réunir la totalité du personnel en un seul endroit. Que se passait-il ? Allait-on annoncer le déclenchement d’un conflit de grande échelle en Syldavie Orientale ? Un krach boursier pendant la nuit qui obligeait la caisse des retraites de l’ONU à mettre la clef sous la porte ? Le rapt des paons du Palais ? Ma tête tournait à l’évocation de ces diverses hypothèses, je décidais d’en avoir le cœur net et interrogeais mon collègue de Madagascar Léon Andrianampoinimerina. Mais celui-ci me répondit d’un air placide que si effectivement le Secrétaire Général de l’Organisation allait bien faire une intervention en direct de New York en début d’après-midi, l’affluence du moment était semblable à celle des jours passés et des jours suivants et qu’il fallait n’y voir là que l’attrait exercé par la qualité indéniable du café local…
Tant l’annonce d’une intervention de notre Secrétaire Général que le discours enthousiaste de mon collègue vantant les mérites du café de l’ONU me laissèrent perplexes…
Fatigué par le travail intensif de la soirée d’hier, j’avais besoin d’un solide remontant mais j’allais devoir faire preuve de patience… L’affluence du bar du Serpent pouvait laisser croire qu’on avait souhaité réunir la totalité du personnel en un seul endroit. Que se passait-il ? Allait-on annoncer le déclenchement d’un conflit de grande échelle en Syldavie Orientale ? Un krach boursier pendant la nuit qui obligeait la caisse des retraites de l’ONU à mettre la clef sous la porte ? Le rapt des paons du Palais ? Ma tête tournait à l’évocation de ces diverses hypothèses, je décidais d’en avoir le cœur net et interrogeais mon collègue de Madagascar Léon Andrianampoinimerina. Mais celui-ci me répondit d’un air placide que si effectivement le Secrétaire Général de l’Organisation allait bien faire une intervention en direct de New York en début d’après-midi, l’affluence du moment était semblable à celle des jours passés et des jours suivants et qu’il fallait n’y voir là que l’attrait exercé par la qualité indéniable du café local…
Tant l’annonce d’une intervention de notre Secrétaire Général que le discours enthousiaste de mon collègue vantant les mérites du café de l’ONU me laissèrent perplexes…
Cependant, si le Secrétaire Général souhaitait intervenir, c’est que la situation internationale avait dû évoluer considérablement ces dernières heures, il me fallait donc remonter au plus vite à mon bureau et m’entretenir avec Igor Kondratiev, mon chef de service turkmène. Je trouvais ce dernier debout devant sa fenêtre donnant sur le lac, absorbé dans la contemplation des voiles blanches sur les flots bleus. Un discret raclement de gorge le fit se retourner. Il me fixa durant de longues secondes avant de déclamer d’une voix de stentor une série d’alexandrins en turkmène… Ma stupeur l’amusa et il m’expliqua qu’il s’agissait là de l’œuvre majeure du principal poète de son pays, Ivan Pavlov, et qu’elle était une source d’inspiration vitale lorsqu’il s’agissait ensuite de se retrousser la manche afin de signer des cargaisons entières de parapheurs… Gêné de revenir à des réalités plus prosaïques, je lui demandais néanmoins s’il avait pu jeter un œil à la note envoyée la veille au soir. A ma grande surprise, il m’expliqua que cela ne pressait pas et que l’on aurait tout le temps d’en rediscuter ultérieurement.
Ma suggestion du lien entre l’intervention du Secrétaire Général et la situation en Syldavie orientale ne m’attira qu’un regard de commisération… N’avais-je donc que la Syldavie en tête ? Il me rappela que l’organisation traitait équitablement tous ses membres et que, certes, la situation syldave ne réjouissait personne, mais qu’il n’y avait pas non plus le feu au lac… A l’évocation du lac, il se retourna de nouveau vers les voiles blanches et je compris qu’il était temps pour moi de me retirer …
Contrarié par la tournure des évènements, je retournais à mon bureau. Une rapide revue de presse montrait pourtant que la Syldavie orientale était menacée de partition : un mouvement autonomiste du « Sud-est syldave » menaçait de se désolidariser de l’autoproclamée République du Nord-Est syldave. Il fallait réagir et je ne doutais pas que le Secrétaire Général s’apprêtait à faire une annonce d’importance…
A l’heure dite, la grande majorité du personnel s’était regroupée dans la salle de l’Assemblée Générale. Une forme d’excitation était dans l’air, on s’interpellait, se racontait ses vacances ou les dernières facéties du petit dernier. De leur côté, les services techniques semblaient beaucoup plus affairés. Quelque chose clochait ; le temps passait et malgré les conciliabules autour de l’écran principal, nous n’avions toujours pas droit à la retransmission en direct promise. C’est alors qu’une voix embarrassée nous annonça que l’intervention du SG était remise à la même heure le lendemain. Des problèmes d’ordre technique empêchaient la liaison entre Genève et New York… Le public se dispersa en grommelant pendant qu’un fonctionnaire hilare nous apprenait la vraie raison derrière ce report : un étourdi avait mal calculé le décalage horaire et programmé l’intervention vidéo beaucoup trop tôt pour New York ! Personne ne se trouvait encore dans les bureaux…
Cela me faisait beaucoup de contrariétés pour la journée. Maussade, je décidais de me consacrer à des dossiers mineurs, attendant d’entendre les grandes orientations venues du sommet pour poursuivre ma tâche…


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