10 décembre 2008

A ne pas mettre entre toutes les mains...


TELEGRAMME CONFIDENTIEL


Destinataires :
Directeur de la Coopération Multilatérale du ministère des Affaires Etrangères
Directeur des Affaires Economiques du ministère des Affaires Etrangères
Cabinet du Ministre de l’Emploi et de la Solidarité,
Cabinet du Secrétaire d’Etat à l’Economie Solidaire

Objet :
Déroulement de la XIIe Conférence de l’ANUS SEC


La délégation française souhaite rendre compte au Département du déroulement de la Conférence ainsi que des observations y afférant.

Le Département n’est pas sans ignorer qu’une délégation réduite prend actuellement part aux discussions de la XIIe Conférence de l’Agence des Nations Unies pour la Solidarité- Secrétariat à l’Economie et à la Coopération. En effet, le Département se souviendra qu’au terme d’arbitrages rendus par le cabinet du ministre des Affaires Etrangères, il avait été décidé de rationaliser et concentrer notre présence à Conakry, afin de pouvoir renforcer, par le biais du principe des vases communicantes, les effectifs envoyés pour couvrir l’Assemblée Générale de l’Union Postale Internationale se déroulant parallèlement aux Seychelles.

Aux difficultés inhérentes à cette présence réduite, se sont ajoutés, dès le début de notre séjour, des désagréments d’ordre logistique, parmi lesquels figurent au premier plan les préoccupations relatives à l’hébergement et aux moyens de transport. Le Département est ainsi encouragé à solliciter des éclaircissements auprès des autorités locales ou des organisateurs de la Conférence.
Il est en effet porté à l’attention du Département que les agents composant la délégation française ne doivent qu’à leurs ressources tant pécuniaires que de caractère d’avoir pu bénéficier d’un hébergement. Alors que le chef de délégation savait pouvoir compter sur l’hospitalité de Son Excellence l’Ambassadeur de France en Guinée, les deux autres membres de la délégation, dont le propre rédacteur, avaient obtenu un accord, certes oral, mais qui engageait cependant les autorités compétentes en matière d’hébergement, en l’espèce le service des Conférences de l’ANUS SEC. La délégation est au regret d’informer le Département que les promesses émises oralement à cet égard n’ont pas été suivies d’effet une fois à Conakry. Les ressources susmentionnées ont néanmoins permis au conseiller Lourdeau et au rédacteur de sécuriser une chambre dans un établissement, dévolu normalement aux activités de péripatéticienne, mais temporairement affecté à l’hébergement de délégués de la XIIe Conférence de l’ANUS SEC. Il convient néanmoins de préciser que la délégation a été informée de l’imminence d’une solution avec l’arrivée du navire Lord of the Sea.

Sur le plan de la motorisation, la délégation a été au regret de devoir décliner l’offre d’une Trabant de fonction, l’examen attentif du véhicule n’ayant pas permis de lever toutes les inquiétudes relatives à la solidité et la fiabilité du moyen de transport susmentionné. La délégation a donc eu recours en l’occurrence aux services privés de taxi et transports collectifs, grevant de ce fait lourdement l’indemnité journalière allouée aux membres de la délégation. Cette dernière sollicite donc le Département afin qu’un complément d’allocation puisse couvrir ces dépenses additionnelles non prévues.

Nonobstant ces difficultés, la délégation française a, dès l’entame de la Conférence, pu éclairer les délégués présents sur la position française relative aux problématiques de solidarité internationale. Il est toutefois à noter que cet éclairage apporté par la délégation a considérablement pâti d’une panne de courant ayant interrompu les débats. Le Département est informé à cet égard qu’il serait souhaitable de faire parvenir dans les meilleurs délais au poste diplomatique de Conakry un ordinateur portable qui sera transmis à notre délégation. En effet, le modèle dont le Département avait bien voulu doter la délégation a été soustrait dans des conditions qui restent à éclaircir mais qui sont, selon toute vraisemblance, en rapport avec l’obscurité subite susmentionnée.

Au niveau des discussions relatives aux priorités définies par l’ANUS SEC, le Département prendra note avec intérêt du consensus qui semble être largement partagé par tous les intervenants jusqu’alors. La délégation a entrepris une analyse poussée de ces diverses interventions, en mettant néanmoins de côté celles s’étant révélées superfétatoires. A la lumière de cette analyse, les observations suivantes peuvent être faites:

- Aucun pays n’a fait montre, à l’heure actuelle, d’opposition au principe de solidarité.
- Toutes les interventions ont également lié le principe de solidarité à celui d’entraide.
- Aucune délégation n’a exprimé de réserve à l’égard du concept de solidarité lié à celui de coopération.
- La motion déclarant primordial le rôle que peuvent jouer la solidarité et la coopération dans les efforts de paix a été votée à l’unanimité des parties représentées. Il est toutefois à noter que l’obscurité a empêché la tenue du vote à main levée initialement prévu. Il a de ce fait été demandé à chaque délégation de préciser à haute voix sa position à l’énoncé de son nom. M. le conseiller Lourdeau, s'exprimant au nom de la France, n’a pas eu de difficulté notable à s’adapter à ce nouveau contexte de vote et s’acquitter de sa tâche.

Au vu des points susmentionnés, il est permis de conclure que la position de la France sur l’importance de la solidarité a recueilli un très large assentiment de la part des autres pays représentés. Toutefois, le succès de la diplomatie française à cet égard, ne doit pas dissimuler l’étendue de la tâche restant à accomplir. Les travaux des jours à venir devraient préciser un peu plus le contenu des synergies entre principes de solidarité, de coopération, d’économie et de paix.

Il est néanmoins dommageable pour l’efficacité et la cohérence de l’action française que le nombre de délégués composant la délégation soit moindre que le nombre de tables rondes organisées. Le Département n’ayant pas doté les membres de la délégation du don d’ubiquité, des choix devront être opérés. La délégation saurait gré au Département de bien vouloir lui préciser les axes de travail prioritaires qui sont à privilégier.

La délégation demeure à la disposition du Département pour lui apporter tous les éclairages voulus, et ne manquera de tenir informé celui-ci de l’avancée des travaux.

02 décembre 2008

les générateurs de l'ANUS SEC rendent l'âme...


JOURNAL DE FRANCE PANIER
Jane me tapait sur les nerfs !!
Je ne supportais plus son air de prédicatrice d’église évangéliste en liaison directe avec les Tous Puissants, pendant que bibi se coltinait la logistique… Moi qui pensais pouvoir me la couler douce lorsque l’on m’avait filé le dossier de l’hébergement pour la Conférence ! A l’époque, les Etats du Golfe avaient promis des 5 étoiles à la pelle et ma hiérarchie une flotte de bateaux-couchettes à faire pâlir le Débarquement de Normandie… Fichu métier…
En plus, Jane s’était gardé la seule Tata Ambassador du parc automobile de la Conférence ! Du coup, il avait fallu se rabattre sur un char usagé à partager avec Jean-Edouard Hublot. Celui là aussi, il commençait à me les briser menu ! « Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur » devait sûrement être écrit au gros feutre noir sur son miroir… Encore heureux que les choses s’arrangeaient rayon paquebots, juste à temps pour l’ouverture de la Conférence. Le Lord of the Sea et ses 400 couchettes était entré aujourd’hui dans le port de Conakry, et on allait enfin pouvoir désengorger les hôtels de passe aménagés en auberges de fortune…

Ce qu’il pouvait m’énerver ce Hublot… Dans le char en route vers le palais des Congrès pour la séance d’ouverture de la Conférence, il avait les yeux dans la graisse de binnes pendant que je me décarcassais à lui relire la procédure à suivre pour l’édition des minutes de cette session.
- « Tu m’écoutes-tu ? » lui fis-je d’un air impatient.
Du coup, le voilà qui émergeait de son brouillard et reprenait illico sa mine soucieuse pleine de rides.
Enfin, nous étions arrivés. Ca grouillait de partout, toute la haute gomme était là, et ça jouait des coudes pour être sur les photos. On avait droit au concert de musique locale en costume folklorique, presque une image d’Epinal de l’Expo Universelle de 1900, il ne manquait plus que nos ancêtres les Gaulois ! Plus les bodyguards étaient patibulaires, plus c’était une grosse huile ! Et autour, ça venait s’y coller comme sur un ruban attrape mouches… Jane Butter, dans son boubou du dimanche, était aux petits soins pour le Président guinéen, pendant que le SG, sa belle cravate ONU bleu ciel épousant joliment l’arrondi de sa bedaine, serrait vigoureusement la pogne du Président paraguayen. Alpha Blondy devisait avec Omar Sharif, autre ambassadeur de bonne volonté de la Conférence. A leurs côtés la présidente finlandaise, le Grand Duc du Luxembourg et le Prince du Liechtenstein échangaient des platitudes sur la météo locale, alors que Woodward et Bernstein distribuaient à tour de bras leurs dossiers de presse… Seul cet incapable de Deume semblait se pogner l’cul en attendant que ça passe !

Tout ce petit monde entra finalement dans le Palais des Congrès où flottait une persistante odeur de peinture fraîche.
Pendant que Butter rejoignait les Tous Puissants sur le podium, je donnais les dernières instructions à la fine équipe qu’on m’avait refourguée. Henderson et Hublot rejoignaient l’équipe publications, Czibor et Larcenet allaient surveiller l’équipe informatique, Fofana passait en revue son pool de secrétaires au garde-à-vous, ne restait plus qu’à caser Deume. On avait justement besoin au podium d’un tape-clavier pour faire défiler les slides des divers exposés power point. En deux temps, trois mouvements, j’avais convaincu Deume de la tâche majeure qui lui était assignée, essentielle pour la réussite de la Conférence dans son entier… Gonflé d’orgueil, Deume monta alors les marches comme s’il s’agissait du tapis rouge du festival de Cannes !

En entame, le Président guinéen recommença son couplet sur la responsabilité de l’ONU dans le développement des pays du Sud. Moi je veux bien accommoder mais on ne peut pas tout faire non plus ! Le SG Rojas lui succéda pour souligner combien il était heureux de se retrouver dans un pays du Sud qui se retroussait les manches pour recevoir l’ANUS SEC, combien l’ANUS SEC était ouvert pour que des discussions jaillisse l’étincelle et bla et bla. Du coin de l’œil je pouvais voir Doumbouya et le commandant Sylvestre étouffant leur fou rire à cette évocation. Mais qu’avaient-ils à niaiser comme cela ?!

Rojas continuait imperturbable :
- « A la lumière des expériences passées.. »
C’est à ce moment là que tout les projecteurs et néons lâchèrent en même temps…
Pour un beau chaos, ce fut un beau chaos ! On entendait des vociférations dans toutes les langues. C’était les gardes du corps qui, affolés, cherchaient à rejoindre leurs Tous-Puissants. Chacun de ces patibulaires demandait à son Tout-Puissant personnel de parler à haute voix pour se guider au son, mais cela ne faisait qu’accroître la confusion. Au milieu de ce brouhaha, la voix de Butter s’éleva pour demander aux délégués de s’asseoir. En effet, la réunion allait pouvoir se poursuivre pendant que les autorités guinéennes mettaient tout en œuvre pour redémarrer l’installation dans les plus brefs délais. La présidente finlandaise avait obligeamment mis en route son ordinateur portable qui fonctionnait sur batterie. Alors que Deume, tournant le laptop de tous côtés, cherchait l’angle optimal de luminosité, Rojas prenait son air le plus digne pour continuer la lecture de son discours. Pendant ce temps, le reste de la salle était toujours plongé dans le noir, et avec la faillite des installations électriques, c’étaient les ventilateurs et climatiseurs qui avaient également rendu l’âme. Les aboiements réguliers des gardes du corps qui cherchaient toujours à s’orienter, ne contribuaient pas à détendre l’atmosphère. On commençait à suer à grosses gouttes, la tension montait. Bref, il y avait de l’électricité dans l’air…

La séance des questions aux orateurs fut un supplice pour Henderson, qui tenait le micro. A chaque fois, elle demandait au téméraire de faire des vocalises le temps qu’elle le retrouve au son de sa voix. Tout ceci perturbait grandement les molosses en noir à qui cette polyphonie faisait perdre le sens de l’orientation. Henderson croisait les doigts pour que les gardes du corps conservent cependant suffisamment de sang froid pour ne pas dégainer si elle se heurtait à l’un d’entre eux dans le noir…
De mon côté, j’étais tentée d’ambitionner sur l’pain béni et filer en douce rejoindre la piscine de l’hôtel du Golfe. Si seulement l’extinction des feux pouvait se prolonger ! Malheureusement, Butter glapissait mon nom…
- « Fraannnce !! Fraannce ! »
- « Mais qu’elle se taise Tabernacle!! »
Les veines du front gonflées, je me plantais devant elle :
- « Ne m’appelez plus jamais Fraannce !! »
Et avant qu’elle ne soit remise de sa surprise, je me fis mielleuse :
- « Jane, je suis à vos côtés physiquement et moralement, il n’y a donc aucune raison de crier »
J’avais désamorcé la grenade…. Butter prenait désormais sa voix la plus doucereuse pour me parler. Elle m’annonça que les prévisions n’étaient pas très optimistes et qu’en conséquence le SG avait décidé d’écourter la session. Il fallait maintenant organiser la retraite de Russie…
Une descente aux flambeaux, voilà à quoi ressembla la sortie du Palais des Congrès de Conakry. Les délégués se tenaient à la queue leu leu pour ne pas trébucher. Manquait plus qu’il y en ait un ou une qui se fasse écraser ! Je voyais déjà les grands titres de la presse mondiale le lendemain : « Mourir pour l’ONU ! » ou « L’ANUS SEC tue ! » Déjà que Woodward et Bernstein gisaient prostrés dans un coin, se demandant comment rattraper un tel désastre.
Pour ma part, je n’en étais pas encore là. Je répartissais les délégués dans les véhicules mis à notre disposition, mais j’avais beau les empiler, on était encore loin du compte… Mon sourire le plus éclatant en bandoulière, je m’approchais alors du délégué kazakh.
- « Monsieur Borat, que diriez-vous de faire du pouce pour rentrer ? Ca vous rappellera vos belles années d’étudiant ! »
Le regard du dénommé Borat était suffisamment parlant pour me convaincre que d’autres solutions devaient être explorées en priorité… Et cet incapable de Deume qui zigzaguait comme une âme en peine ! Il avait vraiment le chic pour faire tourner les coins ronds…

Les taxis de la Marne n’auraient pas suffit à évacuer cette armée de diplomates, mais la chaleur écrasante était bien le meilleur de nos alliés. Le soleil aurait assommé un âne. Les diplomates avaient donc tous estimé qu’il valait mieux rentrer par ses propres moyens dans les meilleurs délais plutôt que fondre lentement en attendant un hypothétique transport collectif… Une demi-heure plus tard et le Palais des Congrès était vide.
Les boules quiès bien enfoncées, je ne craignais rien de Hublot. Evidemment, il se mit en tête de me faire partager ses réflexions du jour, mais je souriais d’un air béat en voyant ses lèvres s’agiter en silence. Et puis quelle bonne rigolade quand même ! Toutes ces grosses huiles désemparées dès que les feux de la rampe s’éteignaient…

De mon air le plus pompeux, je commençais à marmonner « A la lumière des évènements récents… » avant de partir d’un grand rire sous le regard interloqué de Hublot.