02 décembre 2008

JOURNAL DE FRANCE PANIER
Jane me tapait sur les nerfs !!
Je ne supportais plus son air de prédicatrice d’église évangéliste en liaison directe avec les Tous Puissants, pendant que bibi se coltinait la logistique… Moi qui pensais pouvoir me la couler douce lorsque l’on m’avait filé le dossier de l’hébergement pour la Conférence ! A l’époque, les Etats du Golfe avaient promis des 5 étoiles à la pelle et ma hiérarchie une flotte de bateaux-couchettes à faire pâlir le Débarquement de Normandie… Fichu métier…
En plus, Jane s’était gardé la seule Tata Ambassador du parc automobile de la Conférence ! Du coup, il avait fallu se rabattre sur un char usagé à partager avec Jean-Edouard Hublot. Celui là aussi, il commençait à me les briser menu ! « Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur » devait sûrement être écrit au gros feutre noir sur son miroir… Encore heureux que les choses s’arrangeaient rayon paquebots, juste à temps pour l’ouverture de la Conférence. Le Lord of the Sea et ses 400 couchettes était entré aujourd’hui dans le port de Conakry, et on allait enfin pouvoir désengorger les hôtels de passe aménagés en auberges de fortune…

Ce qu’il pouvait m’énerver ce Hublot… Dans le char en route vers le palais des Congrès pour la séance d’ouverture de la Conférence, il avait les yeux dans la graisse de binnes pendant que je me décarcassais à lui relire la procédure à suivre pour l’édition des minutes de cette session.
- « Tu m’écoutes-tu ? » lui fis-je d’un air impatient.
Du coup, le voilà qui émergeait de son brouillard et reprenait illico sa mine soucieuse pleine de rides.
Enfin, nous étions arrivés. Ca grouillait de partout, toute la haute gomme était là, et ça jouait des coudes pour être sur les photos. On avait droit au concert de musique locale en costume folklorique, presque une image d’Epinal de l’Expo Universelle de 1900, il ne manquait plus que nos ancêtres les Gaulois ! Plus les bodyguards étaient patibulaires, plus c’était une grosse huile ! Et autour, ça venait s’y coller comme sur un ruban attrape mouches… Jane Butter, dans son boubou du dimanche, était aux petits soins pour le Président guinéen, pendant que le SG, sa belle cravate ONU bleu ciel épousant joliment l’arrondi de sa bedaine, serrait vigoureusement la pogne du Président paraguayen. Alpha Blondy devisait avec Omar Sharif, autre ambassadeur de bonne volonté de la Conférence. A leurs côtés la présidente finlandaise, le Grand Duc du Luxembourg et le Prince du Liechtenstein échangaient des platitudes sur la météo locale, alors que Woodward et Bernstein distribuaient à tour de bras leurs dossiers de presse… Seul cet incapable de Deume semblait se pogner l’cul en attendant que ça passe !

Tout ce petit monde entra finalement dans le Palais des Congrès où flottait une persistante odeur de peinture fraîche.
Pendant que Butter rejoignait les Tous Puissants sur le podium, je donnais les dernières instructions à la fine équipe qu’on m’avait refourguée. Henderson et Hublot rejoignaient l’équipe publications, Czibor et Larcenet allaient surveiller l’équipe informatique, Fofana passait en revue son pool de secrétaires au garde-à-vous, ne restait plus qu’à caser Deume. On avait justement besoin au podium d’un tape-clavier pour faire défiler les slides des divers exposés power point. En deux temps, trois mouvements, j’avais convaincu Deume de la tâche majeure qui lui était assignée, essentielle pour la réussite de la Conférence dans son entier… Gonflé d’orgueil, Deume monta alors les marches comme s’il s’agissait du tapis rouge du festival de Cannes !

En entame, le Président guinéen recommença son couplet sur la responsabilité de l’ONU dans le développement des pays du Sud. Moi je veux bien accommoder mais on ne peut pas tout faire non plus ! Le SG Rojas lui succéda pour souligner combien il était heureux de se retrouver dans un pays du Sud qui se retroussait les manches pour recevoir l’ANUS SEC, combien l’ANUS SEC était ouvert pour que des discussions jaillisse l’étincelle et bla et bla. Du coin de l’œil je pouvais voir Doumbouya et le commandant Sylvestre étouffant leur fou rire à cette évocation. Mais qu’avaient-ils à niaiser comme cela ?!

Rojas continuait imperturbable :
- « A la lumière des expériences passées.. »
C’est à ce moment là que tout les projecteurs et néons lâchèrent en même temps…
Pour un beau chaos, ce fut un beau chaos ! On entendait des vociférations dans toutes les langues. C’était les gardes du corps qui, affolés, cherchaient à rejoindre leurs Tous-Puissants. Chacun de ces patibulaires demandait à son Tout-Puissant personnel de parler à haute voix pour se guider au son, mais cela ne faisait qu’accroître la confusion. Au milieu de ce brouhaha, la voix de Butter s’éleva pour demander aux délégués de s’asseoir. En effet, la réunion allait pouvoir se poursuivre pendant que les autorités guinéennes mettaient tout en œuvre pour redémarrer l’installation dans les plus brefs délais. La présidente finlandaise avait obligeamment mis en route son ordinateur portable qui fonctionnait sur batterie. Alors que Deume, tournant le laptop de tous côtés, cherchait l’angle optimal de luminosité, Rojas prenait son air le plus digne pour continuer la lecture de son discours. Pendant ce temps, le reste de la salle était toujours plongé dans le noir, et avec la faillite des installations électriques, c’étaient les ventilateurs et climatiseurs qui avaient également rendu l’âme. Les aboiements réguliers des gardes du corps qui cherchaient toujours à s’orienter, ne contribuaient pas à détendre l’atmosphère. On commençait à suer à grosses gouttes, la tension montait. Bref, il y avait de l’électricité dans l’air…

La séance des questions aux orateurs fut un supplice pour Henderson, qui tenait le micro. A chaque fois, elle demandait au téméraire de faire des vocalises le temps qu’elle le retrouve au son de sa voix. Tout ceci perturbait grandement les molosses en noir à qui cette polyphonie faisait perdre le sens de l’orientation. Henderson croisait les doigts pour que les gardes du corps conservent cependant suffisamment de sang froid pour ne pas dégainer si elle se heurtait à l’un d’entre eux dans le noir…
De mon côté, j’étais tentée d’ambitionner sur l’pain béni et filer en douce rejoindre la piscine de l’hôtel du Golfe. Si seulement l’extinction des feux pouvait se prolonger ! Malheureusement, Butter glapissait mon nom…
- « Fraannnce !! Fraannce ! »
- « Mais qu’elle se taise Tabernacle!! »
Les veines du front gonflées, je me plantais devant elle :
- « Ne m’appelez plus jamais Fraannce !! »
Et avant qu’elle ne soit remise de sa surprise, je me fis mielleuse :
- « Jane, je suis à vos côtés physiquement et moralement, il n’y a donc aucune raison de crier »
J’avais désamorcé la grenade…. Butter prenait désormais sa voix la plus doucereuse pour me parler. Elle m’annonça que les prévisions n’étaient pas très optimistes et qu’en conséquence le SG avait décidé d’écourter la session. Il fallait maintenant organiser la retraite de Russie…
Une descente aux flambeaux, voilà à quoi ressembla la sortie du Palais des Congrès de Conakry. Les délégués se tenaient à la queue leu leu pour ne pas trébucher. Manquait plus qu’il y en ait un ou une qui se fasse écraser ! Je voyais déjà les grands titres de la presse mondiale le lendemain : « Mourir pour l’ONU ! » ou « L’ANUS SEC tue ! » Déjà que Woodward et Bernstein gisaient prostrés dans un coin, se demandant comment rattraper un tel désastre.
Pour ma part, je n’en étais pas encore là. Je répartissais les délégués dans les véhicules mis à notre disposition, mais j’avais beau les empiler, on était encore loin du compte… Mon sourire le plus éclatant en bandoulière, je m’approchais alors du délégué kazakh.
- « Monsieur Borat, que diriez-vous de faire du pouce pour rentrer ? Ca vous rappellera vos belles années d’étudiant ! »
Le regard du dénommé Borat était suffisamment parlant pour me convaincre que d’autres solutions devaient être explorées en priorité… Et cet incapable de Deume qui zigzaguait comme une âme en peine ! Il avait vraiment le chic pour faire tourner les coins ronds…

Les taxis de la Marne n’auraient pas suffit à évacuer cette armée de diplomates, mais la chaleur écrasante était bien le meilleur de nos alliés. Le soleil aurait assommé un âne. Les diplomates avaient donc tous estimé qu’il valait mieux rentrer par ses propres moyens dans les meilleurs délais plutôt que fondre lentement en attendant un hypothétique transport collectif… Une demi-heure plus tard et le Palais des Congrès était vide.
Les boules quiès bien enfoncées, je ne craignais rien de Hublot. Evidemment, il se mit en tête de me faire partager ses réflexions du jour, mais je souriais d’un air béat en voyant ses lèvres s’agiter en silence. Et puis quelle bonne rigolade quand même ! Toutes ces grosses huiles désemparées dès que les feux de la rampe s’éteignaient…

De mon air le plus pompeux, je commençais à marmonner « A la lumière des évènements récents… » avant de partir d’un grand rire sous le regard interloqué de Hublot.

1 Comments:

At 3:42 PM, Anonymous Anonyme said...

Ben on s'amuse bien aux conférences de l'Onu à Conakry !! De toute façon, les huiles n'avaient pas l'air bien "éclairées" sur les questions onusiennes, alors une de loupée !!

 

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