21 août 2006

horloge


horloge
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l' horloge, le maître du temps entre les repas...

JOURNAL DE BORD D’ADRIEN DEUME

Aujourd’hui, ça allait comme un lundi…
Ma migraine vrillant mes tympans, je m’étais installé à mon bureau et un fol espoir m’agita : peut-être avais-je encore une série de crayons de papier non taillés qui allaient pouvoir m’occuper jusqu’à la pause de midi et jusqu’à ce que je puisse me rendre à la pharmacie la plus proche ? Je dû déchanter… Mes crayons s’alignaient en ordre de bataille et en parfait état de marche, prêts à l’action…Je pris d’un air morne le premier dossier que l’on avait obligeamment posé sur mon bureau : il me fallait d’urgence évaluer la gravité de la situation politico-démographico-socio-économique de la Syldavie orientale en plein bouleversement afin de déterminer si une action immédiate devait être mise en œuvre dans le cadre du programme « Soutien aux pays en difficulté »… Ce programme bénéficiait de l’appui financier et du soutien moral de la grande majorité des pays développés, et l’organisation était avide d’action afin de donner aux donateurs la visibilité qu’ils réclamaient de façon pressante. Tout concourait donc à ce qu’une action énergique soit mise en oeuvre le plus rapidement possible. Néanmoins, imperméable aux pressions d’où qu’elles viennent et sensible aux sirènes du café serré, j’avais décidé que la Syldavie orientale ne méritait pas que l’on agisse dans la précipitation et qu’il me fallait encore mûrir quelque peu notre stratégie à venir…

Au bar du Serpent, je retrouvais Gunthar Netzer, un collègue allemand qui m’avait pris en amitié, sans doute par désoeuvrement plus qu’autre chose. Depuis 20 ans, il consacrait sa vie à l’extraction de données de pays lointains où il ne s’était bien entendu jamais rendu, mais dont il connaissait pour chacun sur le bout des doigts le pourcentage de filles diplômées de l’enseignement primaire, la proportion de chauves dans la population, le revenu moyen du chauffeur de taxi ou la composition du panier de la ménagère… En échange de son invitation, je dû me résigner à écouter ses digressions sur le marché noir en pleine croissance au Palombero méridional en raison de l’embargo imposé par ses voisins centre-américains. Je n’écoutais déjà plus que d’une oreille lorsqu’il embraya sur l’injustice de devoir parler français pour travailler aux Nations Unies. Il en discutait ainsi souvent « avec notre collègue japonais Saké Temahuri » et tous les deux s’accordaient pour estimer « qu’il était somme toute malheureux que le Japon et l’Allemagne n’aient pu remporter la deuxième guerre mondiale et imposer leurs langues », cela leur aurait singulièrement facilité la tâche à eux deux…
J’en restais bouche bée. Prenant mon silence pour un acquiescement, il me fit un grand sourire et me proposa de venir étudier dans son bureau les données du Palombero méridional, « ce qui nous mènerait tranquillement jusqu’à la pause de l’après-midi qu’il avait prévu de prendre justement avec Saké » et qu’il souhaitait absolument me présenter ce dernier. Je déclinais poliment l’invitation et prétextais une course urgente à faire pour ne pas avoir à reprendre l’ascenseur avec lui et subir ce déluge verbal plus longtemps.

Lorsque je revins à mon bureau, la tête me tournait… Dans cet état, mes facultés intellectuelles – sensibles au moindre grain de sable comme toute mécanique de haute précision- ne pouvaient tourner à plein régime. Je décidais donc de prendre un repos bien mérité dans la salle de méditation du Palais des Nations, non sans déposer une brève note sur le bureau de mon supérieur lui expliquant que la situation complexe de la Syldavie orientale nécessitait un complément d’information, et que j’avais entrepris les démarches nécessaires à cet effet.
Etendu sur l’un des matelas de la salle de méditation, je tentais de ne penser à rien mais sans réussite. Probablement, n’avais-je pas encore assez d’ancienneté aux Nations Unies… Ou plutôt un murmure ronronnant venu de ma gauche perturbait mon vide mental. J’ouvris les yeux pour découvrir une autre de mes collègues, Julie Verbecke, visiblement en pleine séance de méditation transcendantale. La jambe droite placée derrière la nuque, elle murmurait les yeux fermés…
Impressionné par sa souplesse, et résolu à lui demander quel était son club de fitness habituel, je décidais néanmoins de ne pas troubler ce moment de félicité, et remontais à mon bureau. Un coup d’œil sur l’horloge me rassura ; il était 15h50. En comptant les 10 minutes que j’allais mettre en marchant lentement pour me rendre au Bar du Serpent, je me trouverais pile au moment de la pause de l’après-midi. Ne restait plus qu’à y trouver une connaissance, de préférence autre que Netzer, pour nous amener aux environs de 17h. Il serait alors temps de remonter brièvement. A mon grand désappointement, aucune figure connue ne se trouvait autour du bar. Pour en avoir le cœur net, je fis bien deux tours de salle mais ne vis rien d’autre que les habituels piliers de comptoir, éclusant leur ballon de rouge en s’esclaffant bruyamment.

Il ne me restait plus qu’à remonter…Je le fis avec toute la lenteur et la solennité propres à un fonctionnaire de 2e échelon. L’horloge Baume et Mercier ne marquait cependant que 16h20… Heureusement, il me restait à régler cette importante question non résolue des cours de jargon. Je me dirigeais d’un pas allègre vers le bureau de la secrétaire administrative. Malgré le panneau affiché « do not disturb », j’estimais que mon insertion pleine et entière dans le système grâce à une compréhension de la novlangue ONU représentait une priorité suffisante pour me permettre de passer outre l’injonction. Poussant doucement la porte, j’y passais la tête pour découvrir notre secrétaire en plein rangement des diverses cartes de vœux attendant sereinement les évènements de la vie de l’organisation : naissance, mariage, divorce, promotion, départ en retraite. Falbala Lermignant, secrétaire en chef, rangeait ces divers documents avec amour dans un classeur rose bonbon.
Mon intrusion la dérangeait visiblement. Elle consentit néanmoins à m’informer qu’il n’existait pas de cours de jargon mais que j’avais toute latitude de faire une proposition de création de nouveau cours au « point focal formation » de l’organisation… Je pris note de la possibilité pour le jour où je me sentirai d’humeur plus vaillante. Je décidais alors de repartir chez moi. Il serait toujours temps de reprendre demain à tête reposée la réflexion sur le futur de la Syldavie orientale…

20 août 2006

hieroglyphes


hieroglyphes
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Document de base des Nations Unies

JOURNAL DE BORD D'ADRIEN DEUME

Un week end n'était pas de trop pour avancer dans mes lectures obligatoires, mon pensum devrais-je dire... Comment appeler autrement une expérience de découverte d'un langage étranger sans la "méthode assimil" qui va avec? Pendant un court instant, j'ai cru que l'on m'avait par erreur communiqué un document rédigé en esperanto, mais un appel de ma part au centre de documention me confirma que l'esperanto ne comptait pas -encore- au nombre des langues de travail de l'organisation...
Il me fallait donc faire avec les moyens du bord et procéder stratégiquement; tout d'abord la méthode de Champollion pour déchiffrer les hiéroglyphes couplée à celle d'Egar Allan Poe pour déchiffrer les messages secrets ou comment déduire de l'occurence du mot ou caractère son importance relative. Je ne doutais dès lors plus que "enhancing synergies", "raising awareness" ou "building institutional capacities" soient des concepts vitaux qu'il me fallait d'urgence décrypter... Un examen fébrile des définitions données par un dictionnaire vénérable n'éclaira pas ma lanterne: chaque mot pris individuellement avait tout son sens, mais leur alliance me rendait perplexe...
Je décidais dès lors de me concentrer sur le message de fond plutôt que sur la forme; mal m'en pris... Mes lectures achevèrent de relancer la sournoise migraine qui me tenaillait depuis deux jours, et je me retrouvais en plein désarroi pour expliquer à mon image dans le miroir comment nous comptions changer le monde et quelle était la direction que nous avions choisi de prendre...
Mais peut-être les Nations Unies, à l'instar de ses cours de langue, offrait-elle des cours de jargon pour débutants? J'en aurais le coeur net le lendemain...

18 août 2006

organigramme


organigramme
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Deume en voudrait un comme cela........

JOURNAL DE BORD D'ADRIEN DEUME

Si on m'avait dit que tout serait aussi complexe.... Je suis encore dans le noir et ne comprend rien aux rouages du système, mais j'y arriverai, je leur montrerai ce que peut un Deume!
Il me semble ainsi que certains sont déjà impressionnés par ma personnalité : je n'arrête pas de croiser des collègues qui passent devant moi en regardant leurs chaussures ou droit devant eux en feignant de ne pas me voir. Au début, j'ai même pensé qu'il s'agissait d'une coutume locale et moi aussi je passais devant les femmes de ménage en faisant semblant de regarder à travers... Mais j'ai très vite compris qu'en fait, j'étais entouré de craintifs et de timides maladifs; on a l'impression que certains tomberaient à genoux en pleurant s'ils venaient à croiser mon regard!

Je dois avouer que je n'ai pas encore bien saisi le comportement de certains collègues; passe encore que mon voisin de bureau passe son temps à s'excuser d'être entré dans mon champ de vision, mais mon collègue d'en face a des moeurs bien singulières. J'ai mis quatre jours à me rendre compte qu'il existait: il arrive tôt, s'enferme dans son bureau et n'en sort qu'à la nuit tombée. Toute personne souhaitant le voir doit demander l'autorisation à sa secrétaire qui le prévient alors qu'il peut ouvrir sa porte. Par ailleurs -et pour s'éviter de sortir- un espace a été dégagé dans le mur qui communique avec le bureau de se secrétaire afin que celle-ci puisse lui faire passer les plats qu'elle a été chercher pour lui à la cantine... En tout cas, je lui ai trouvé un surnom, pour moi il sera à jamais "le masque de fer", reclu dans sa prison dorée.

Mais s'il ne s'agissait que de cela et que de lui... Hier, j'ai sursauté lorsque Nosfératus, comme j'ai surnommé un autre de mes collègues, m'a pour la première fois adressé la parole. Il souhaitait que je lui prête un briquet afin de rallumer les bougies de son bureau... J'ai bredouillé que mon couteau suisse ne bénéficiait pas encore de telles avancées technologiques et que j'avais arrêté de fumer dès ma naissance... Ma tentative d'humour tomba on ne peut plus à plat, probablement trop éloigné de l'humour tatar... Car, ce Nosfératus est un tatar bon teint! Mais je ne risque pas de faire beaucoup progresser ma connaissance de la culture et civilisation tatare à l'avenir, car mon collègue ne me pardonnera visiblement pas mon intrusion dans son bureau, à la recherche de trombones, alors qu'il procédait à une récitation à mi-voix et dans l'obscurité....
J'ai dès lors estimé plus sage de mettre donc moi aussi aux coutumes locales et d'évoluer dans le Palais des Nations comme si je m'y trouvais tout seul; j'imite les fameux trois singes qui se cachent les yeux, les oreilles et la bouche! Mais en fait, je reste attentif... A malin, malin et demi, ce n'est pas à un Deume qu'on apprend à faire des grimaces....

Il me reste à bien saisir ce qu'on attend de moi; j'attendais d'être fixé sur ce point dès le premier jour mais on en était loin... Mon collègue de bureau inclina la tête pour me saluer le jour de mon arrivée et ne m'adressa plus la parole de la semaine sauf pour m'emprunter le taille-crayon que j'avais judicieusement amené avec moi. J'ai eu toutes les peines du monde à déterminer qui était mon supérieur hiérarchique et ma demande d'un organigramme de mon service sembla plonger tout le monde dans un abîme de perplexité: la secrétaire intervint pour préciser qu'effectivement, il lui semblait bien avoir vu un tel document à son arrivée 10 ans auparavant, une autre pleine de sollicitude suggéra que j'interroge le bureau des objets trouvés du Palais, une dernière me précisa d'un ton maternel que j'aurais plus vite de le rédiger moi-même plutôt que d'essayer d'en retrouver une version déjà existante. Fort bien, mais encore faudrait-il que je sache qui sont mes collègues, outre "le masque de fer" et Nosfératus.....
C'est apparemment une question qui présente peu d'intérêt aux yeux de la secrétaire de notre Division: cette dernière me dévisagea de haut en bas pendant de longues secondes avant de me préciser d'un ton de profond mépris que "ce genre de renseignement n'entrait pas dans le champ de ses termes de référence" avant de se replonger dans son tableau excel de contrôle des jours de vacances...

J'avais suffisamment fait de vagues pour cette semaine et je décidais donc de reprendre le cours de mes lectures recommandées par l'organisation pour les nouvelles recrues, et de peaufiner ma préparation matérielle afin d'être fin prêt le jour où l'on ferait appel à mes lumières: j'avais bien pensé à tailler mes crayons mais il me fallait encore réfléchir au positionnement idéal des documents sur mon bureau afin que mon travail ne pâtisse pas d'une fâcheuse désorganisation...

17 août 2006

Un monde idéal....

La première vision d'Adrien Deume...

16 août 2006

JOURNAL DE BORD D'ADRIEN DEUME

Ah, j'aurais plaisir à voir la tête de mon ancien instituteur Klein... He, he, ce médiocre serait vert de jalousie de me voir fonctionnaire des Nations Unies! Mais j'ai toujours su que les grandes qualités finissaient toujours par être reconnues, et je ne compte pas m'arrêter là! Maintenant que le plus dur est fait, il s'agit de grimper les échelons de manière naturelle mais néanmoins rapide et implacable. Je mérite de pouvoir consacrer mes facultés intellectuelles à des tâches à la hauteur. Les réussites attirent toujours les jaloux, c'est pourquoi je ne doute pas de rencontrer sur mon chemin des aigris et médiocres en pagaille qui vont tout faire pour me mettre des bâtons dans les roues... Il s'agit d'être à la fois prudent et audacieux, agir en seigneur mais se battre avec les dents lorsque ce sera nécessaire...
Un bon général doit miser sur l'organisation, c'est cela qui me distinguera sans coup férir du commun des fonctionnaires. Je noterai ici tous les évènements importants et données nécessaires à mon avancement. Je serai l'oeil qui voit tout, l'oreille qui entend tout, le cerveau qui analyse tout...

Je dois dire que ce ne sera pas du gâteau! Tout a l'air grandiose et complexe... Mais bien entendu, j'ai parfaitement joué aujourd'hui le rôle du fonctionnaire blasé, limite ennuyé. Il ne s'agissait pas d'être pris pour un débutant que l'on aurait pu mener à la baguette, voir pousser au bord du gouffre dès son premier jour!
Je suis arrivé à l'avance mais pas trop, j'ai tout de suite remis les gardes de sécurité à leur place, il ne s'agirait pas que se créé une familiarité qui pourrait m'être reprochée lorsque j'occuperai les postes de responsabilité...Le badge en main, j'ai fait celui qui connaissait parfaitement le chemin de son bureau mais je dois avouer que j'ai pas mal tourné avant de trouver le bon ascenseur. Je me serai coupé une main plutôt que de demander mon chemin et cela m'a permis ma foi de situer les toilettes et la machine à café: tous les détails comptent dans une stratégie d'ensemble...
Une fois à mon étage, je me suis dirigé d'un air décidé vers le bureau de la secrétaire en choisissant au hasard le couloir de droite (la droite m'a toujours porté bonheur). Pas de chance, le bureau était le dernier du couloir de gauche, il m'a donc fallu refaire en sens inverse et d'un air tout aussi décidé le chemin. Heureusement la pratique semble être de travailler portes fermées: j'aurais pu me promener en slip de bain que je serai passé inaperçu!

La secrétaire m'a paru bien revêche, on en reparlera dès que j'aurai pris mes marques... Elle m'a honteusement négligé, se contentant de m'indiquer mon numéro de bureau ainsi que diverses informations de peu d'importance, telles que mon "code ordinateur"... N'y a-t-il pas de secrétaire pour effectuer ces tâches fastidieuses? Il faudra d'ailleurs que je pense à lui demander qui pourra le faire pour moi...
Mais la priorité des priorités est surtout d'obtenir un bureau individuel; ne voici pas que l'on m'a assigné un bureau où se trouve déjà un fonctionnaire de nationalité indéterminée, au mépris du respect de ma tranquillité et de mes besoins de concentration!
Il faudra d'ailleurs que je pense à m'acheter un calepin pour noter toutes ces choses à faire afin de ne rien oublier. Tous les grands hommes font ainsi...

Néanmoins la première impression est bonne: les collègues m'ont l'air occupés, remontant le couloir à grandes enjambées, tous un dossier à la main. Par ailleurs, le cadre est bucolique et devrait être propice à l'épanouissement de mes capacités intellectuelles...
Quel bonheur d'être enfin reconnu à mes justes mérites!

15 août 2006

Dimanche
Deume n'arrivait pas à dormir...Il avait beau tenter de laisser divaguer son esprit pour se voir happé par le sommeil sans s'en apercevoir, celui-ci revenait constamment à quelques idées fixes: la barbe, sur ou sous la couverture? Devait-il emporter quelques crayons de papier ainsi qu'un taille-crayon multi-modèles ou ce matériel indispensable allait-il lui être fourni sur place? Sa cravate bleu ciel était-elle assortie à son costume marron ou ne valait-il pas mieux ressortir de l'armoire le gris anthracite?
Ces questions existentielles le tourmentaient douloureusement. A force de se retourner dans son lit sans pouvoir fermer l'oeil, il perdit patience et ralluma la lumière. "Tant qu'à prendre sur mon temps de sommeil, autant l'utiliser à des fins utiles"! Pour la sixième fois de la journée il se replongea dans l'organigramme de sa future organisation, ânonnant les noms exotiques les yeux mi-clos :
"Serkan Turkoglu-Special Adviser for Special Projects; Saladdin Ben Saala-Chief Section Awareness Raising; Sigrun Bjodegaärd-Director World trends of Global situation; Moussa Cissé-Focal Point Core Values"....
Au fur et à mesure de sa récitation son rythme ralentissait, sa silhouette se tassait... Deume s'affaissa, vaincu par les sonorités des Nations Unies... Il s'endormit du sommeil du juste, la nuit peuplée de rêves de grandeur personnelle, d'envolées altruistes ainsi que de bruits d'espèces sonnantes et trébuchantes...

14 août 2006

Samedi
Adrien Deume poussa un cri animal, celui du mâle vainqueur, du maître du monde!

Il l'avait sa revanche... tous ces médiocres qui le brocardaient depuis des années, il aurait voulu voir leur mine en papier mâché et leur air pincé maintenant... La vie commençait pour lui, il rejoignait les Nations Unies....
Il en oubliait la trivialité des documents qui venaient de lui annoncer la nouvelle: au lieu des trompettes de la renommée, un message sec comme un coup de trique lui annonçant qu'il était retenu pour occuper un poste flou aux attributions imprécises... Mais qu'importait le flacon pourvu qu'il ait l'ivresse! Il faisait désormais partie du premier cercle, celui des décideurs, celui des gens qui comptent, et très vite on apprendrait à compter avec lui...
Il fallait cependant procéder méthodiquement... Après la joie brute venait le temps de la réflexion. Faire reconnaître ses talents ne pouvait être laissé au bon vouloir d'un destin facétieux... Il allait évaluer le champ de bataille, organiser son plan d'action. Du discours oui, mais de la méthode! Il lui fallait tout noter, tout retenir, cela servirait un jour... D'abord comprendre l'environnement, ensuite évaluer les figurants, puis enfin laisser parler son talent! Un petit rire de contentement agita le futur fonctionnaire de deuxième échelon...