21 mars 2008

une star au service de l'ANUS SEC...


JOURNAL D'ADRIEN DEUME
Contacter des célébrités planétaires n’allait pas être simple. Mais je bénéficiais heureusement de l’aura onusienne qui, je l’espérais, allait m’ouvrir bien des portes voire des porte-monnaie en faveur de notre action… Je comptais également sur mes « qualités communicationnelles » en plein essor. Ma collègue Sonia Gartow m’avait en effet convaincu de participer avec elle au cours de formation sur « Communication and Presentation skills » offert par la Direction de la Formation Permanente de notre institution.
Lors de ces cours, l’administration faisait venir à grand frais un consultant extérieur, totalement ignare des spécificités onusiennes, et qui nous enseignait d’un ton docte les grands principes de la communication « avec des ethnies étrangères ». J’avais ainsi appris, fasciné, que les grandes boîtes de consulting étaient toutes fières d’avoir découvert que l’on ne négociait pas de la même manière avec un Japonais et avec un Américain. Le Japonais était en effet « discret et ne savait pas dire non » pendant que l’Américain « n’hésitait pas à affirmer vigoureusement ses opinions ». Diantre… De la même manière, on apprenait qu’une femme ne devait pas se formaliser si un ressortissant d’un pays musulman évitait son regard pendant une discussion, ce n’était qu’un signe de respect vis-à-vis de la personne féminine… Claude Lévi Strauss, qui professait dans « Race et histoire » l’impossibilité de comparer et hiérarchiser les cultures entre elles et de se détacher de notre propre système de valeur, s’en serait arraché les rares cheveux qui lui restent…
Après ce survol grandiose de la diversité culturelle, le consultant passait aux talents de communication. Malheureusement, il regardait alors le magnifique paysage de l’éloquence et de la force de conviction au travers de la petite lorgnette des techniques de vente VRP, des capacités à embobiner son interlocuteur et de lui faire passer des vessies pour des lanternes. L’important en effet étant de toujours faire croire à son interlocuteur qu’on en savait plus que lui, tout en ne le rembarrant sous aucun prétexte. Des tics de langage devenus presque mécaniques devaient ainsi servir à donner l’illusion d’un échange profond entre les deux individus. Il fallait toujours commencer une réponse par « si je vous comprends bien » ou « si j’ai bien saisi votre propos », déminer une critique en reformulant : « en d’autres termes, vous estimez que.. », posez de fausses questions simplement pour réveiller votre auditoire qui aurait tendance à s’assoupir : « qui est capable de me dire ce qu’est pour lui la solidarité ? » etc.etc. C’est avec un pincement au cœur que je voyais disparaître l’orateur au profit du bateleur…
Bref, tout cela ne m’avait pas semblé très adapté aux particularismes du travail de l’ONU, ni adapté aux publics avec lesquels nous traitions. J’espérais néanmoins que certains trucs appris pourraient m’être utiles dans les contacts que j’allais nouer avec les vedettes de Hollywood et d’ailleurs…

Ayant depuis toujours un petit faible pour les actrices françaises, sophistiquées et torturées, j’entrepris de contacter Emmanuelle Béart. Je trouvais sans difficulté le numéro de son agent. Un dernier raclement de gorge et j’attendis le cœur battant que l’on décroche… C’est une voix d’homme qui répondit. D’un air bourru on m’interrogea sur la raison de mon appel. Je pris mon air le plus officiel pour lui expliquer que nous organisions un grand évènement en Guinée et que la présence d’Emmanuelle Béart à la réunion de l’ANUS SEC serait appréciée du plus grand nombre, et démontrerait son altruisme et son envie de contribuer à sa manière au relèvement des pays pauvres. Ma profession de foi fut suivie d’un instant de silence, puis la tempête éclata. J’étais un petit monsieur, cela faisait longtemps que Mlle Béart ne participait plus à ce genre de film, les précédents avaient été des erreurs de jeunesse, même à cette époque elle n’avait jamais envisagé de scène « en réunion », si j’ennuyais encore Mlle Béart avec mes propositions malhonnêtes, on porterait plainte contre moi et tutti quanti. Ebranlé, je lui signalais qu’il devait y avoir méprise, que mes intentions étaient tout ce qu’il y avait de plus honorable, et que d’ailleurs j’étais moi-même un admirateur de Mlle Béart… La voix m’interrompit en hurlant que le harcèlement était punissable par la loi et que je pouvais numéroter mes abattis, puis on raccrocha…
Décontenancé, je tentais alors de joindre Béatrice Dalle. Mon discours sembla intéresser le manager de cette dernière. Il me confia que Béatrice n’avait jamais eu froid aux yeux de ce point de vue là, sa carrière le démontrait amplement, que pour elle tout ceci était après tout parfaitement naturel et que ceux qui se crispaient sur le sujet étaient ceux qui avaient un problème… Je ne comprenais pas un traître mot de ce qu’il me racontait et prudemment tâtais le terrain en lui demandant quelle serait la table ronde qui intéresserait Mlle Dalle. Le manager me répliqua alors que «avec la table, cela coûterait plus cher car Béatrice préférait de beaucoup la chambre à coucher… » Pas de problème de ce côté-là, le rassurais-je, un hébergement était prévu dans un paquebot ancré dans le port de Conakry. Mon interlocuteur semblait ravi. Il s’agissait d’une version un peu plus épicée de « la Croisière s’amuse » ? Cela tombait bien, Mlle Dalle adorait les hommes en uniforme. De plus en plus interloqué, je lui promis de lui envoyer une invitation officielle par fax, mais une fois le combiné raccroché, je biffais le nom de Mlle Dalle...
Je n’avais pas progressé d’un iota dans ma quête d’une star internationale. Et pendant ce temps, la révision des traductions de documents officiels de la Conférence ainsi que « la journée du genre » n’avançaient pas… Je décidais de changer mon fusil d’épaule. Les stars françaises étaient décidément trop compliquées, il nous fallait quelqu’un de beaucoup plus simple et beaucoup plus populaire à la fois. « Paris Match », entre l’article consacré à la dernière journée shopping de Rachida Dati, la chronique hebdomadaire de Carla Bruni et le reportage photo sur la visite de l’ANPE de Bergues par Sarkozy, m’apprenait que Georges Clooney était en visite à Genève pour le lancement d’un nouveau moulin à café… Deux heures plus tard, j’étais face à lui, un espresso entre nous, lui expliquant dans un anglais du plus bel effet ce que l’ANUS SEC attendait de sa personne. Le front de Clooney se plissait chaque fois un peu plus au fur et à mesure de mon discours. Une fois celui-ci achevé, il me serra vigoureusement les mains. C’était pour lui un devoir de promouvoir le cinéma méconnu des pays en développement et il acceptait avec grand plaisir de prendre en stage sur son plateau le jeune Anus Seck. Il faudrait simplement que je sois un peu plus explicite sur le contenu du court-métrage que ce dernier souhaitait réaliser sur la solidarité. Je me sentais découragé… Mon proficiency en langue anglaise, obtenu à la sueur de mon front et au prix de quatre cours hebdomadaires au Palais des Nations qui m’obligeaient à enfourner en vitesse un sandwich plutôt que de déjeuner paisiblement avec mes collègues, ne semblait plus faire effet…
Je quittais l’hôtel du Rhône ne sachant que faire de la promesse d’embauche de Clooney, et toujours démuni. Le temps pressait, je devais présenter à la fin de la semaine au Secrétaire Général Rojas et à Mme Gatay les résultats de ma quête de célébrité. Peut-être aurais-je plus de chance avec une star de pays en développement ? Après avoir rapidement survolé la galerie d’acteurs moustachus de Bollywood et de chanteurs latinoaméricains pour midinettes, mon choix se porta sur le chanteur ivoirien Alpha Blondy. Quelques coups de fil plus tard, j’avais l’auteur de « Apartheid is nazism » au bout du fil. Il m’écouta patiemment avant de m’exposer implacablement mais calmement sa position. Pour lui les Nations Unies étaient un valet de l’impérialisme occidental, un valet aux idéaux certes nobles mais qui n’avait rien fait pour lutter contre l’apartheid sud africain. Par ailleurs, Blondy était révulsé par les conséquences négatives de la présence de casques bleus dans les pays en crise. Savez-vous , me dit-il, que Kinshasa est désormais plus cher que Lyon ou Manchester ? Et tout cela parce que des militaires étrangers ne savent plus comment dépenser leur solde qui dépasse de tellement la solde qu’ils perçoivent dans leur pays d’origine. Ou plutôt, rajouta-t-il, on sait trop bien comment ils la dépensent… Savez-vous comment sont surnommés les casques bleus à Kinshasa ? « Un le jour, nu la nuit ». « Un » parce qu’ils circulent toute la journée dans leurs 4X4 blancs, rutilants et siglés UN. « Nu » parce que les casques bleus utilisent ce même véhicule la nuit venue pour prendre en stop les prostituées qui battent le pavé de Kinshasa… Je pris congé d’Alpha Blondy, bredouillant des remerciements mais intérieurement soulagé de pouvoir mettre fin à ce discours sans concession…
Avec tout cela, je n’étais pas plus avancé… Je commençais à me mordre nerveusement les doigts. D’un seul coup, mon visage s’illumina, un sportif, voilà ce qu’il nous fallait ! Un homme qui fasse rêver les foules tout en étant proche du peuple. Un rapide coup d’œil à « l’Equipe » et je jetais mon dévolu sur le boxeur Mike Tyson. Je voyais déjà les slogans : « l’ANUS SEC et Tyson, un partenariat de poids lourds ! » ou alors « Pas de KO pour le développement et la solidarité avec le Doha round ! » ou encore « l’ANUS SEC, le noble art de la solidarité… » Quelques coups de fil plus tard, j’avais en ligne la terreur des rings, l’homme qui mettait un « poing d’honneur » à réduire son adversaire au rang de sac d’entraînement… Malheureusement, l’abus de coups ne semblait pas avoir rendu service à Tyson. Souvent au cours de notre conversation, une idée lui passait par la tête, mais ne semblait pas prête à s’arrêter… A ma troisième tentative pour lui faire comprendre que sa venue à Conakry n’était pas pour un remake de « When we were kings » et du mémorable combat Ali-Foreman de Kinshasa, je décidais de jeter l’éponge. Tyson m’avait eu à l’usure…

Je restais prostré un long moment dans mon fauteuil. Je mesurais le pour et le contre de me déguiser en sosie de Claude François pour Rojas et Mme Gatay. Mais qui alors pouvait jouer mon rôle ? Non ! Il fallait que Léon m’aide sur ce coup là et qu’il se déguise lui-même en Claude François. Je doutais que Rojas et Gatay soient au courant des soucis électriques de Cloclo. Par contre, ils devaient connaître « Comme d’habitude » dans la version chantée par Sinatra, et « My way » cela correspondait après tout tellement au mode de fonctionnement de l’ANUS SEC…
Mais soudain, il me revint à l’esprit que Sonia Gartow avait évoqué ses liens « quasiment étroits » avec Barbara Streisand. Cela pouvait être mieux que rien ! Je me souvenais également que ma femme m’avait dit avoir récemment croisé dans son centre de remise en forme l’écrivain Paul-Loup Sulitzer. Avec un peu de chance, elle avait récupéré une carte de visite… Non Adrien ! Rien n’était perdu ! Mon ingéniosité naturelle me permettrait de m’en sortir encore une fois mais il me fallait maintenant faire vite !
Je pris ma plume pour rajouter à ma liste de tâches à accomplir les points suivants :
- interroger Ariane sur Sulitzer
- demander les coordonnées de Barbara Streisand à Gartow
Puis, jetant un coup d’œil sur l’horloge Patek Philippe qui marquait 18h15, je remontais à grandes enjambées les couloirs désertés à cette heure avancée, et me dépêchais de rejoindre l’arrêt de bus. Avec leur ponctualité maladive, on ne pouvait jamais compter sur l’éventuel retard d’un bus suisse…

10 mars 2008

modérateur(trice?) de l'atelier de travail


JOURNAL D'ADRIEN DEUME

Bien que très satisfait de pouvoir désormais jouer un rôle sur les grandes orientations via ma participation à l'organisation de notre Conférence, je souhaitais vraiment imprimer ma marque en tant que "gender focal point". C'était un sujet délicat et sensible, autrement dit fait pour moi... J'avais donc travaillé d'arrache-pied sur l'organisation d'un séminaire de haut niveau qui relancerait la réflexion sur ces sujets, et après ces heures de dure labeur, je contemplais d'un air satisfait le programme de la première "journée du genre" que je venais de finaliser. Il faut bien dire qu'en français, "journée du genre" ça n'était pas une franche réussite... Par contre "the gender day" ça avait plus de gueule!
Naïvement, j'avais souhaité profiter de la journée de la femme et organiser à cette occasion un séminaire qui ferait date et permettrait de réconcilier hommes et femmes. N'était-ce pas là ce qu'on attendait de moi comme nouveau "gender focal point"? Mais l'administration m'avait fermement rappelé à l'ordre, il était hors de question de favoriser un genre sexuel par rapport à un autre, et en insinuant que les "gender issues" se limitaient aux problématiques féminines, je courais le risque de mécontenter les autres orientations et identités sexuelles rabaissées au rang de minorité. Discuter de la problématique des rapports hommes/femmes dans un environnement professionnel me semblait déjà coton, mais là on dépassait mon seuil d'incompétence... Je pris donc contact avec l'association des "fonctionnaires ONU transsexuels ou transgenre" afin de discuter des modalités de leur participation au séminaire qui s'annonçait. A la suite d'une vaste consultation incluant toutes les parties prenantes, un consensus se dégagea autour de la formulation suivante: "Atelier de haut niveau sur les questions de genre dans les relations de travail". Moussa Cissé, notre focal point "core issues" souhaitait être également associé à l'évènement. En effet, son programme de travail de l'année incluait la tenue d'un séminaire sur "Le respect de la diversité à l'ONU". C'était une aubaine pour lui de pouvoir se greffer sur un atelier déjà programmé et ce ne serait pas la première fois qu'un même évènement serait vendu à deux donateurs sous deux dénominations différentes... En échange de bons procédés, Moussa Cissé s'engageait à payer sur son propre budget les voyages des experts invités. J'avais en effet vu grand! En exclusivité, le président de l'association des "Ladyboys from Thaïland" ainsi qu'un grand chirurgien d'Hollywood spécialiste des changements de sexe allaient répondre à notre invitation. Tous les deux interviendraient dans le cadre de la table ronde "Impact des changements d'identité sur la productivité au travail". J'avais également convaincu Douglas Jackady, directeur du bureau des Finances de l'ANUS-SEC, de prendre la parole lors de la même session sur le sujet suivant: "Du fonctionnaire masculin au fonctionnaire féminin et inversement: impact budgétaire pour l'organisation en terme de salaire, congés maternité et retraite". J'étais assez fier de ces deux tables rondes qui allaient faire date. Néanmoins, il fallait bien avouer que j'avais fait porter l'essentiel de mes efforts sur les sessions relatives aux relations hommes/femmes. J'avais réussi un gros coup! Grâce à l'entregent de ma collègue américaine Sonia Gartow, j'avais réussi à entrer en contact avec John Gray, l'auteur de "Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus". Grâce au budget de Moussa Cissé, je disposais du montant suffisant pour faire venir cette pointure en classe affaires. Il serait conférencier unique pour une session intitulée "Comprendre la psychologie féminine". Plus fort encore! Un coup de fil à Lord Cheddar, l'Ambassadeur du Royaume Uni, avait suffit pour convaincre ce dernier de m'aider à contacter Margaret Thatcher. Cette dernière interviendrait par visio conférence sur un sujet spécialement défini pour elle: "Les valeurs féminines de douceur sont-elles compatibles avec le pouvoir?". Enfin une dernière table ronde examinerait l'impact de la femme dans l'économie. J'avais réuni autour de cette table le directeur Suisse de Louis Vuitton, le fondateur des bijoux Chopard, ainsi que le Président de l'association des fleuristes du canton de Genève.Que du beau linge! Il me restait à mettre maintenant la dernière main à mon discours d'ouverture. J'avais longuement réfléchi, je voulais trouver un angle intéressant qui interpelle le public et lui donne envie de suivre l'intégralité de la journée. Il me fallait de plus trouver quelque chose qui englobe les différentes facettes de l'atelier... L'inspiration me vint alors que je taillais mes crayons. J'avais trouvé une formulation ingénieuse! "Souvent femme varie: du changement d'avis au changement de sexe, une chance pour l'ANUS-SEC?" J'étais très satisfait de ma trouvaille. Ce titre incorporait les différentes problématiques et lancerait sans aucun doute les débats. Je me dépêchais d'aller la soumettre à Léon Andrianampoinimerina. Celui-ci lut avec attention le programme de la journée, releva lentement ses yeux et me regarda fixement avant de pousser un soupir tout en me rendant le document. Puis, un sourire aux lèvres, il fit une réflexion qui me laissa perplexe: ce programme était tout fait dans l'esprit de l'organisation bien que totalement contraire à sa lettre...

Je n'eus pas le temps d'y réfléchir plus avant, Fortuna Minimo, la secrétaire de Mme Gatay, m'appelait. Je retrouvais dans son bureau tous mes collègues de la task force ainsi que Sonia Gartow qui nous avait rejoint, elle se piquait en effet d'avoir des "compétences communicationnelles". Pour ma part, j'avais surtout découvert jusqu'alors sa capacité à monopoliser le temps de parole . Mme Gatay souhaitait nous informer des dernières avancées dans l'organisation de la Conférence et relancer notre activité. Elle avait en effet participé à la réunion des directeurs de l'Organisation autour de Rodrigo Rojas et ce dernier avait demandé qu'un bon coup de collier soit donné dans chacune des divisions. Le service des conférences avait alerté notre Secrétaire Général, les délais commençaient à être très justes et il fallait répartir les tâches restant à accomplir entre les différentes divisions. La nôtre devait convaincre des célèbrités de jouer les têtes d'affiche pour notre Conférence. Rojas en avait marre de voir le PNUD, l'UNICEF ou le HCR aligner les grands noms pour ses programmes et faire la une de l'actualité. Il était temps que l'on parle également de l'ANUS-SEC dans "Gala" ou "Paris Match"! Ils avaient leurs Zidane, Angelina Jolie ou Bono, nous devions avoir mieux! Mme Gatay voulait donc que nous cogitions ensemble pour identifier des personnalités susceptibles d'être contactées. La "tempête de cerveaux" (ou brainstorming en anglais) fit alors feu de tout bois! Chacun cherchait à mettre en avant ses vedettes nationales. Edson Asuncion promettait ainsi de pouvoir faire venir Gilberto Gil, sa soeur faisait en effet partie de la même école de samba que la fille du chanteur brésilien. Blomqvist évoqua la possibilité de faire venir Abba pendant que Kertani, flattant bassement l'orgueil nationaliste de Mme Gatay, suggérait le nom de Ravi Shankar. Sonia Gartow éleva la voix pour clamer qu'elle avait "quasiment un contact direct avec Barbara Streisand" pendant que Kondratiev vantait les mérites du "principal poète turkmène" qui était son obligé... Après 10 minutes de "name dropping" on en revint à des perspectives plus raisonnables. Une liste de 100 noms fut établie et on me chargea d'appeler chacun d'entre eux, sauf dans le cas où l'un de mes collègues pensait avoir un contact direct plus efficace.
Une fois ce point de l'ordre du jour examiné, Mme Gatay nous informa des derniers développements de l'organisation de la Conférence. La Guinée, malgré toute sa bonne volonté, avait de la peine à combler les manques et limites propres à tout PMA. Il avait été fait appel aux Chinois pour construire le centre de conférences qui accueillerait l'essentiel des sessions. Ces derniers avaient amené leurs propres ouvriers et les avaient cantonné dans des baraquements. Malgré cela, les travaux étaient encore très loin de leur conclusion. Une réunion confidentielle s'était donc tenue entre le Premier Ministre guinéen, le directeur de l'entreprise chinoise qui avait remporté l'appel d'offres et Rojas. Il avait été décidé qu'en raison des circonstances exceptionnelles, le temps de travail journalier des ouvriers chinois passerait de 12 à 16 heures. Bien entendu un compte épargne temps serait ouvert en parallèle pour leur permettre de cumuler davantage de points retraite. Mme Gatay nous avait demandé expressement de ne pas ébruiter atour de nous cette modification contractuelle car la presse aurait pu s'emparer de cette information et la travestir sans connaître tous les tenants et les aboutissants. Mekloufi, en tant que représentant du syndicat majoritaire "ONU, en avant!" fit confirmer par Mme Gatay que les ouvriers chinois bénéficieraient des avantages salariaux découlant de leur maîtrise d'une 2e langue officielle de l'organisation avec le français qu'ils pratiquaient à Conakry. Par ailleurs, il fut convenu que l'on demanderait à l'entrepreneur chinois de redistribuer à ses ouvriers les miles aériens récupérés au cours de leur voyage retour vers la Chine.
Mme Gatay nous informa également que certains pays avaient souhaité contribuer à l'organisation de la conférence par le biais de dons en matériel: le Japon allait fournir les ordinateurs, la Suise les horloges, quant à la Turquie elle s'était engagée à fournir des toilettes mobiles... La flotte maritime qui compléterait l'offre hôtelière de Conakry serait pour sa part fournie par Panama, le Libéria et la famille Onassis. Le dernier point abordé par notre directrice concernait la traduction des documents de la Conférence. En effet, les traducteurs officiels du Palais n'étaient plus en mesure d'accomplir dans les temps la traduction des documents qui serviraient de base aux discussions. La task force était donc appelée à la rescousse et l'on me mit entre les bras trois kilos de papier jargonnant qu'il me fallait revoir. Sans doute, ce que l'on appelle le poids des responsabilités....
De retour à mon bureau, il me fallait maintenant organiser les priorités. Il ne me fallut pas longtemps pour me convaincre que contacter Laetita Casta ou Beyoncé revêtaient la plus grande importance pour l'organisation. Il s'agissait en effet de rajouter une touche glamour à l'ANUS-SEC! Une pile de "Voici" en face de moi, je m'installais confortablement sur mon fauteuil et pris mon téléphone...