JOURNAL D'ADRIEN DEUME
Contacter des célébrités planétaires n’allait pas être simple. Mais je bénéficiais heureusement de l’aura onusienne qui, je l’espérais, allait m’ouvrir bien des portes voire des porte-monnaie en faveur de notre action… Je comptais également sur mes « qualités communicationnelles » en plein essor. Ma collègue Sonia Gartow m’avait en effet convaincu de participer avec elle au cours de formation sur « Communication and Presentation skills » offert par la Direction de la Formation Permanente de notre institution.
Lors de ces cours, l’administration faisait venir à grand frais un consultant extérieur, totalement ignare des spécificités onusiennes, et qui nous enseignait d’un ton docte les grands principes de la communication « avec des ethnies étrangères ». J’avais ainsi appris, fasciné, que les grandes boîtes de consulting étaient toutes fières d’avoir découvert que l’on ne négociait pas de la même manière avec un Japonais et avec un Américain. Le Japonais était en effet « discret et ne savait pas dire non » pendant que l’Américain « n’hésitait pas à affirmer vigoureusement ses opinions ». Diantre… De la même manière, on apprenait qu’une femme ne devait pas se formaliser si un ressortissant d’un pays musulman évitait son regard pendant une discussion, ce n’était qu’un signe de respect vis-à-vis de la personne féminine… Claude Lévi Strauss, qui professait dans « Race et histoire » l’impossibilité de comparer et hiérarchiser les cultures entre elles et de se détacher de notre propre système de valeur, s’en serait arraché les rares cheveux qui lui restent…
Après ce survol grandiose de la diversité culturelle, le consultant passait aux talents de communication. Malheureusement, il regardait alors le magnifique paysage de l’éloquence et de la force de conviction au travers de la petite lorgnette des techniques de vente VRP, des capacités à embobiner son interlocuteur et de lui faire passer des vessies pour des lanternes. L’important en effet étant de toujours faire croire à son interlocuteur qu’on en savait plus que lui, tout en ne le rembarrant sous aucun prétexte. Des tics de langage devenus presque mécaniques devaient ainsi servir à donner l’illusion d’un échange profond entre les deux individus. Il fallait toujours commencer une réponse par « si je vous comprends bien » ou « si j’ai bien saisi votre propos », déminer une critique en reformulant : « en d’autres termes, vous estimez que.. », posez de fausses questions simplement pour réveiller votre auditoire qui aurait tendance à s’assoupir : « qui est capable de me dire ce qu’est pour lui la solidarité ? » etc.etc. C’est avec un pincement au cœur que je voyais disparaître l’orateur au profit du bateleur…
Bref, tout cela ne m’avait pas semblé très adapté aux particularismes du travail de l’ONU, ni adapté aux publics avec lesquels nous traitions. J’espérais néanmoins que certains trucs appris pourraient m’être utiles dans les contacts que j’allais nouer avec les vedettes de Hollywood et d’ailleurs…
Ayant depuis toujours un petit faible pour les actrices françaises, sophistiquées et torturées, j’entrepris de contacter Emmanuelle Béart. Je trouvais sans difficulté le numéro de son agent. Un dernier raclement de gorge et j’attendis le cœur battant que l’on décroche… C’est une voix d’homme qui répondit. D’un air bourru on m’interrogea sur la raison de mon appel. Je pris mon air le plus officiel pour lui expliquer que nous organisions un grand évènement en Guinée et que la présence d’Emmanuelle Béart à la réunion de l’ANUS SEC serait appréciée du plus grand nombre, et démontrerait son altruisme et son envie de contribuer à sa manière au relèvement des pays pauvres. Ma profession de foi fut suivie d’un instant de silence, puis la tempête éclata. J’étais un petit monsieur, cela faisait longtemps que Mlle Béart ne participait plus à ce genre de film, les précédents avaient été des erreurs de jeunesse, même à cette époque elle n’avait jamais envisagé de scène « en réunion », si j’ennuyais encore Mlle Béart avec mes propositions malhonnêtes, on porterait plainte contre moi et tutti quanti. Ebranlé, je lui signalais qu’il devait y avoir méprise, que mes intentions étaient tout ce qu’il y avait de plus honorable, et que d’ailleurs j’étais moi-même un admirateur de Mlle Béart… La voix m’interrompit en hurlant que le harcèlement était punissable par la loi et que je pouvais numéroter mes abattis, puis on raccrocha…
Décontenancé, je tentais alors de joindre Béatrice Dalle. Mon discours sembla intéresser le manager de cette dernière. Il me confia que Béatrice n’avait jamais eu froid aux yeux de ce point de vue là, sa carrière le démontrait amplement, que pour elle tout ceci était après tout parfaitement naturel et que ceux qui se crispaient sur le sujet étaient ceux qui avaient un problème… Je ne comprenais pas un traître mot de ce qu’il me racontait et prudemment tâtais le terrain en lui demandant quelle serait la table ronde qui intéresserait Mlle Dalle. Le manager me répliqua alors que «avec la table, cela coûterait plus cher car Béatrice préférait de beaucoup la chambre à coucher… » Pas de problème de ce côté-là, le rassurais-je, un hébergement était prévu dans un paquebot ancré dans le port de Conakry. Mon interlocuteur semblait ravi. Il s’agissait d’une version un peu plus épicée de « la Croisière s’amuse » ? Cela tombait bien, Mlle Dalle adorait les hommes en uniforme. De plus en plus interloqué, je lui promis de lui envoyer une invitation officielle par fax, mais une fois le combiné raccroché, je biffais le nom de Mlle Dalle...
Je n’avais pas progressé d’un iota dans ma quête d’une star internationale. Et pendant ce temps, la révision des traductions de documents officiels de la Conférence ainsi que « la journée du genre » n’avançaient pas… Je décidais de changer mon fusil d’épaule. Les stars françaises étaient décidément trop compliquées, il nous fallait quelqu’un de beaucoup plus simple et beaucoup plus populaire à la fois. « Paris Match », entre l’article consacré à la dernière journée shopping de Rachida Dati, la chronique hebdomadaire de Carla Bruni et le reportage photo sur la visite de l’ANPE de Bergues par Sarkozy, m’apprenait que Georges Clooney était en visite à Genève pour le lancement d’un nouveau moulin à café… Deux heures plus tard, j’étais face à lui, un espresso entre nous, lui expliquant dans un anglais du plus bel effet ce que l’ANUS SEC attendait de sa personne. Le front de Clooney se plissait chaque fois un peu plus au fur et à mesure de mon discours. Une fois celui-ci achevé, il me serra vigoureusement les mains. C’était pour lui un devoir de promouvoir le cinéma méconnu des pays en développement et il acceptait avec grand plaisir de prendre en stage sur son plateau le jeune Anus Seck. Il faudrait simplement que je sois un peu plus explicite sur le contenu du court-métrage que ce dernier souhaitait réaliser sur la solidarité. Je me sentais découragé… Mon proficiency en langue anglaise, obtenu à la sueur de mon front et au prix de quatre cours hebdomadaires au Palais des Nations qui m’obligeaient à enfourner en vitesse un sandwich plutôt que de déjeuner paisiblement avec mes collègues, ne semblait plus faire effet…
Je quittais l’hôtel du Rhône ne sachant que faire de la promesse d’embauche de Clooney, et toujours démuni. Le temps pressait, je devais présenter à la fin de la semaine au Secrétaire Général Rojas et à Mme Gatay les résultats de ma quête de célébrité. Peut-être aurais-je plus de chance avec une star de pays en développement ? Après avoir rapidement survolé la galerie d’acteurs moustachus de Bollywood et de chanteurs latinoaméricains pour midinettes, mon choix se porta sur le chanteur ivoirien Alpha Blondy. Quelques coups de fil plus tard, j’avais l’auteur de « Apartheid is nazism » au bout du fil. Il m’écouta patiemment avant de m’exposer implacablement mais calmement sa position. Pour lui les Nations Unies étaient un valet de l’impérialisme occidental, un valet aux idéaux certes nobles mais qui n’avait rien fait pour lutter contre l’apartheid sud africain. Par ailleurs, Blondy était révulsé par les conséquences négatives de la présence de casques bleus dans les pays en crise. Savez-vous , me dit-il, que Kinshasa est désormais plus cher que Lyon ou Manchester ? Et tout cela parce que des militaires étrangers ne savent plus comment dépenser leur solde qui dépasse de tellement la solde qu’ils perçoivent dans leur pays d’origine. Ou plutôt, rajouta-t-il, on sait trop bien comment ils la dépensent… Savez-vous comment sont surnommés les casques bleus à Kinshasa ? « Un le jour, nu la nuit ». « Un » parce qu’ils circulent toute la journée dans leurs 4X4 blancs, rutilants et siglés UN. « Nu » parce que les casques bleus utilisent ce même véhicule la nuit venue pour prendre en stop les prostituées qui battent le pavé de Kinshasa… Je pris congé d’Alpha Blondy, bredouillant des remerciements mais intérieurement soulagé de pouvoir mettre fin à ce discours sans concession…
Avec tout cela, je n’étais pas plus avancé… Je commençais à me mordre nerveusement les doigts. D’un seul coup, mon visage s’illumina, un sportif, voilà ce qu’il nous fallait ! Un homme qui fasse rêver les foules tout en étant proche du peuple. Un rapide coup d’œil à « l’Equipe » et je jetais mon dévolu sur le boxeur Mike Tyson. Je voyais déjà les slogans : « l’ANUS SEC et Tyson, un partenariat de poids lourds ! » ou alors « Pas de KO pour le développement et la solidarité avec le Doha round ! » ou encore « l’ANUS SEC, le noble art de la solidarité… » Quelques coups de fil plus tard, j’avais en ligne la terreur des rings, l’homme qui mettait un « poing d’honneur » à réduire son adversaire au rang de sac d’entraînement… Malheureusement, l’abus de coups ne semblait pas avoir rendu service à Tyson. Souvent au cours de notre conversation, une idée lui passait par la tête, mais ne semblait pas prête à s’arrêter… A ma troisième tentative pour lui faire comprendre que sa venue à Conakry n’était pas pour un remake de « When we were kings » et du mémorable combat Ali-Foreman de Kinshasa, je décidais de jeter l’éponge. Tyson m’avait eu à l’usure…
Je restais prostré un long moment dans mon fauteuil. Je mesurais le pour et le contre de me déguiser en sosie de Claude François pour Rojas et Mme Gatay. Mais qui alors pouvait jouer mon rôle ? Non ! Il fallait que Léon m’aide sur ce coup là et qu’il se déguise lui-même en Claude François. Je doutais que Rojas et Gatay soient au courant des soucis électriques de Cloclo. Par contre, ils devaient connaître « Comme d’habitude » dans la version chantée par Sinatra, et « My way » cela correspondait après tout tellement au mode de fonctionnement de l’ANUS SEC…
Mais soudain, il me revint à l’esprit que Sonia Gartow avait évoqué ses liens « quasiment étroits » avec Barbara Streisand. Cela pouvait être mieux que rien ! Je me souvenais également que ma femme m’avait dit avoir récemment croisé dans son centre de remise en forme l’écrivain Paul-Loup Sulitzer. Avec un peu de chance, elle avait récupéré une carte de visite… Non Adrien ! Rien n’était perdu ! Mon ingéniosité naturelle me permettrait de m’en sortir encore une fois mais il me fallait maintenant faire vite !
Je pris ma plume pour rajouter à ma liste de tâches à accomplir les points suivants :
- interroger Ariane sur Sulitzer
- demander les coordonnées de Barbara Streisand à Gartow
Puis, jetant un coup d’œil sur l’horloge Patek Philippe qui marquait 18h15, je remontais à grandes enjambées les couloirs désertés à cette heure avancée, et me dépêchais de rejoindre l’arrêt de bus. Avec leur ponctualité maladive, on ne pouvait jamais compter sur l’éventuel retard d’un bus suisse…
Lors de ces cours, l’administration faisait venir à grand frais un consultant extérieur, totalement ignare des spécificités onusiennes, et qui nous enseignait d’un ton docte les grands principes de la communication « avec des ethnies étrangères ». J’avais ainsi appris, fasciné, que les grandes boîtes de consulting étaient toutes fières d’avoir découvert que l’on ne négociait pas de la même manière avec un Japonais et avec un Américain. Le Japonais était en effet « discret et ne savait pas dire non » pendant que l’Américain « n’hésitait pas à affirmer vigoureusement ses opinions ». Diantre… De la même manière, on apprenait qu’une femme ne devait pas se formaliser si un ressortissant d’un pays musulman évitait son regard pendant une discussion, ce n’était qu’un signe de respect vis-à-vis de la personne féminine… Claude Lévi Strauss, qui professait dans « Race et histoire » l’impossibilité de comparer et hiérarchiser les cultures entre elles et de se détacher de notre propre système de valeur, s’en serait arraché les rares cheveux qui lui restent…
Après ce survol grandiose de la diversité culturelle, le consultant passait aux talents de communication. Malheureusement, il regardait alors le magnifique paysage de l’éloquence et de la force de conviction au travers de la petite lorgnette des techniques de vente VRP, des capacités à embobiner son interlocuteur et de lui faire passer des vessies pour des lanternes. L’important en effet étant de toujours faire croire à son interlocuteur qu’on en savait plus que lui, tout en ne le rembarrant sous aucun prétexte. Des tics de langage devenus presque mécaniques devaient ainsi servir à donner l’illusion d’un échange profond entre les deux individus. Il fallait toujours commencer une réponse par « si je vous comprends bien » ou « si j’ai bien saisi votre propos », déminer une critique en reformulant : « en d’autres termes, vous estimez que.. », posez de fausses questions simplement pour réveiller votre auditoire qui aurait tendance à s’assoupir : « qui est capable de me dire ce qu’est pour lui la solidarité ? » etc.etc. C’est avec un pincement au cœur que je voyais disparaître l’orateur au profit du bateleur…
Bref, tout cela ne m’avait pas semblé très adapté aux particularismes du travail de l’ONU, ni adapté aux publics avec lesquels nous traitions. J’espérais néanmoins que certains trucs appris pourraient m’être utiles dans les contacts que j’allais nouer avec les vedettes de Hollywood et d’ailleurs…
Ayant depuis toujours un petit faible pour les actrices françaises, sophistiquées et torturées, j’entrepris de contacter Emmanuelle Béart. Je trouvais sans difficulté le numéro de son agent. Un dernier raclement de gorge et j’attendis le cœur battant que l’on décroche… C’est une voix d’homme qui répondit. D’un air bourru on m’interrogea sur la raison de mon appel. Je pris mon air le plus officiel pour lui expliquer que nous organisions un grand évènement en Guinée et que la présence d’Emmanuelle Béart à la réunion de l’ANUS SEC serait appréciée du plus grand nombre, et démontrerait son altruisme et son envie de contribuer à sa manière au relèvement des pays pauvres. Ma profession de foi fut suivie d’un instant de silence, puis la tempête éclata. J’étais un petit monsieur, cela faisait longtemps que Mlle Béart ne participait plus à ce genre de film, les précédents avaient été des erreurs de jeunesse, même à cette époque elle n’avait jamais envisagé de scène « en réunion », si j’ennuyais encore Mlle Béart avec mes propositions malhonnêtes, on porterait plainte contre moi et tutti quanti. Ebranlé, je lui signalais qu’il devait y avoir méprise, que mes intentions étaient tout ce qu’il y avait de plus honorable, et que d’ailleurs j’étais moi-même un admirateur de Mlle Béart… La voix m’interrompit en hurlant que le harcèlement était punissable par la loi et que je pouvais numéroter mes abattis, puis on raccrocha…
Décontenancé, je tentais alors de joindre Béatrice Dalle. Mon discours sembla intéresser le manager de cette dernière. Il me confia que Béatrice n’avait jamais eu froid aux yeux de ce point de vue là, sa carrière le démontrait amplement, que pour elle tout ceci était après tout parfaitement naturel et que ceux qui se crispaient sur le sujet étaient ceux qui avaient un problème… Je ne comprenais pas un traître mot de ce qu’il me racontait et prudemment tâtais le terrain en lui demandant quelle serait la table ronde qui intéresserait Mlle Dalle. Le manager me répliqua alors que «avec la table, cela coûterait plus cher car Béatrice préférait de beaucoup la chambre à coucher… » Pas de problème de ce côté-là, le rassurais-je, un hébergement était prévu dans un paquebot ancré dans le port de Conakry. Mon interlocuteur semblait ravi. Il s’agissait d’une version un peu plus épicée de « la Croisière s’amuse » ? Cela tombait bien, Mlle Dalle adorait les hommes en uniforme. De plus en plus interloqué, je lui promis de lui envoyer une invitation officielle par fax, mais une fois le combiné raccroché, je biffais le nom de Mlle Dalle...
Je n’avais pas progressé d’un iota dans ma quête d’une star internationale. Et pendant ce temps, la révision des traductions de documents officiels de la Conférence ainsi que « la journée du genre » n’avançaient pas… Je décidais de changer mon fusil d’épaule. Les stars françaises étaient décidément trop compliquées, il nous fallait quelqu’un de beaucoup plus simple et beaucoup plus populaire à la fois. « Paris Match », entre l’article consacré à la dernière journée shopping de Rachida Dati, la chronique hebdomadaire de Carla Bruni et le reportage photo sur la visite de l’ANPE de Bergues par Sarkozy, m’apprenait que Georges Clooney était en visite à Genève pour le lancement d’un nouveau moulin à café… Deux heures plus tard, j’étais face à lui, un espresso entre nous, lui expliquant dans un anglais du plus bel effet ce que l’ANUS SEC attendait de sa personne. Le front de Clooney se plissait chaque fois un peu plus au fur et à mesure de mon discours. Une fois celui-ci achevé, il me serra vigoureusement les mains. C’était pour lui un devoir de promouvoir le cinéma méconnu des pays en développement et il acceptait avec grand plaisir de prendre en stage sur son plateau le jeune Anus Seck. Il faudrait simplement que je sois un peu plus explicite sur le contenu du court-métrage que ce dernier souhaitait réaliser sur la solidarité. Je me sentais découragé… Mon proficiency en langue anglaise, obtenu à la sueur de mon front et au prix de quatre cours hebdomadaires au Palais des Nations qui m’obligeaient à enfourner en vitesse un sandwich plutôt que de déjeuner paisiblement avec mes collègues, ne semblait plus faire effet…
Je quittais l’hôtel du Rhône ne sachant que faire de la promesse d’embauche de Clooney, et toujours démuni. Le temps pressait, je devais présenter à la fin de la semaine au Secrétaire Général Rojas et à Mme Gatay les résultats de ma quête de célébrité. Peut-être aurais-je plus de chance avec une star de pays en développement ? Après avoir rapidement survolé la galerie d’acteurs moustachus de Bollywood et de chanteurs latinoaméricains pour midinettes, mon choix se porta sur le chanteur ivoirien Alpha Blondy. Quelques coups de fil plus tard, j’avais l’auteur de « Apartheid is nazism » au bout du fil. Il m’écouta patiemment avant de m’exposer implacablement mais calmement sa position. Pour lui les Nations Unies étaient un valet de l’impérialisme occidental, un valet aux idéaux certes nobles mais qui n’avait rien fait pour lutter contre l’apartheid sud africain. Par ailleurs, Blondy était révulsé par les conséquences négatives de la présence de casques bleus dans les pays en crise. Savez-vous , me dit-il, que Kinshasa est désormais plus cher que Lyon ou Manchester ? Et tout cela parce que des militaires étrangers ne savent plus comment dépenser leur solde qui dépasse de tellement la solde qu’ils perçoivent dans leur pays d’origine. Ou plutôt, rajouta-t-il, on sait trop bien comment ils la dépensent… Savez-vous comment sont surnommés les casques bleus à Kinshasa ? « Un le jour, nu la nuit ». « Un » parce qu’ils circulent toute la journée dans leurs 4X4 blancs, rutilants et siglés UN. « Nu » parce que les casques bleus utilisent ce même véhicule la nuit venue pour prendre en stop les prostituées qui battent le pavé de Kinshasa… Je pris congé d’Alpha Blondy, bredouillant des remerciements mais intérieurement soulagé de pouvoir mettre fin à ce discours sans concession…
Avec tout cela, je n’étais pas plus avancé… Je commençais à me mordre nerveusement les doigts. D’un seul coup, mon visage s’illumina, un sportif, voilà ce qu’il nous fallait ! Un homme qui fasse rêver les foules tout en étant proche du peuple. Un rapide coup d’œil à « l’Equipe » et je jetais mon dévolu sur le boxeur Mike Tyson. Je voyais déjà les slogans : « l’ANUS SEC et Tyson, un partenariat de poids lourds ! » ou alors « Pas de KO pour le développement et la solidarité avec le Doha round ! » ou encore « l’ANUS SEC, le noble art de la solidarité… » Quelques coups de fil plus tard, j’avais en ligne la terreur des rings, l’homme qui mettait un « poing d’honneur » à réduire son adversaire au rang de sac d’entraînement… Malheureusement, l’abus de coups ne semblait pas avoir rendu service à Tyson. Souvent au cours de notre conversation, une idée lui passait par la tête, mais ne semblait pas prête à s’arrêter… A ma troisième tentative pour lui faire comprendre que sa venue à Conakry n’était pas pour un remake de « When we were kings » et du mémorable combat Ali-Foreman de Kinshasa, je décidais de jeter l’éponge. Tyson m’avait eu à l’usure…
Je restais prostré un long moment dans mon fauteuil. Je mesurais le pour et le contre de me déguiser en sosie de Claude François pour Rojas et Mme Gatay. Mais qui alors pouvait jouer mon rôle ? Non ! Il fallait que Léon m’aide sur ce coup là et qu’il se déguise lui-même en Claude François. Je doutais que Rojas et Gatay soient au courant des soucis électriques de Cloclo. Par contre, ils devaient connaître « Comme d’habitude » dans la version chantée par Sinatra, et « My way » cela correspondait après tout tellement au mode de fonctionnement de l’ANUS SEC…
Mais soudain, il me revint à l’esprit que Sonia Gartow avait évoqué ses liens « quasiment étroits » avec Barbara Streisand. Cela pouvait être mieux que rien ! Je me souvenais également que ma femme m’avait dit avoir récemment croisé dans son centre de remise en forme l’écrivain Paul-Loup Sulitzer. Avec un peu de chance, elle avait récupéré une carte de visite… Non Adrien ! Rien n’était perdu ! Mon ingéniosité naturelle me permettrait de m’en sortir encore une fois mais il me fallait maintenant faire vite !
Je pris ma plume pour rajouter à ma liste de tâches à accomplir les points suivants :
- interroger Ariane sur Sulitzer
- demander les coordonnées de Barbara Streisand à Gartow
Puis, jetant un coup d’œil sur l’horloge Patek Philippe qui marquait 18h15, je remontais à grandes enjambées les couloirs désertés à cette heure avancée, et me dépêchais de rejoindre l’arrêt de bus. Avec leur ponctualité maladive, on ne pouvait jamais compter sur l’éventuel retard d’un bus suisse…


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